Ces dernières années, le paysage des écoles de commerce françaises a été profondément transformé par une série de fusions stratégiques, dont SKEMA, KEDGE et NEOMA sont les exemples les plus récents et les plus emblématiques. À l’inverse, des écoles restées indépendantes, comme Audencia, GEM et TBS, respectivement 6ème, 7ème et 8ème cette dernière décennie avant l’arrivée des écoles fusionnées, voient certes leur progression stagner, voire légèrement augmenter dans les rankings internationaux, mais leur attractivité diminuer dans le classement des préférences en France, notamment face à ces établissements multi-campus bénéficiant d’une implantation nationale plus large.
Classements SIGEM 2015 et 2025 toutes voies confondues
Les atouts d’une fusion GEM - Audencia
Le poids des rassemblements : une tendance incontournable
Les fusions récentes ont montré que les écoles qui se regroupent gagnent systématiquement en classement et en attrait. Elles bénéficient d’un plus gros chiffre d’affaires, d’un réseau d’alumni consolidé, renforcent leur visibilité internationale, optimisent leurs ressources et se positionnent face à la concurrence mondiale. À l’inverse, les écoles qui restent cantonnées à un campus principal peuvent subir plus directement les aléas de leur réseau économique « régional » en plus d’être en retard dans la course au gigantisme ; et peuvent donc voir leur progression stagnante, voire menacée.
Face à cette dynamique, deux écoles françaises de premier plan, Audencia et GEM (désormais 8ème et 9ème d’après le SIGEM 2025) se trouvent à un carrefour stratégique : positionnées parmi les meilleures écoles françaises, elles doivent probablement trouver un moyen à long terme de consolider leur position voire l’améliorer, afin de gagner en flexibilité et rester compétitives sur la scène nationale en recrutant les meilleurs talents.
GEM et Audencia : des profils complémentaires
GEM et Audencia n’ont jamais fusionné avec une autre institution auparavant et une croissance par adjacence entre elles semble particulièrement cohérente d’un point de vue stratégique. Elles ont fait par le passé, un choix conscient ou non, de se différencier de leurs consœurs. Et maintenant il se peut que cette différenciation fasse leur force si elles se rassemblent. Car aujourd’hui, GEM possède un positionnement fort dans l’innovation et l’entrepreneuriat, avec une notoriété croissante dans les programmes de conseil opérationnel, en Big Data et en Tech. Audencia, pour sa part, s’est imposée comme un acteur majeur dans le monde du conseil en management, de la finance d’entreprise, couplé à un ADN résolument RSE.
Mais les deux écoles ont des points communs : elles placent beaucoup de recrues en finance de marché, en Marketing / Luxe ainsi qu’en Audit. Fusionner, reviendrait en plus de disposer du “narratif” de l’autre école, à éliminer un rival direct. En combinant leurs différences mais aussi leurs similitudes, une école fusionnée pourrait réunir le meilleur des deux mondes, tout en renforçant son attractivité nationale et internationale. Elle pourrait ainsi se positionner de manière crédible dans le top 6 au SIGEM (à moyen terme toujours derrière l’emlyon et l’EDHEC) et améliorer significativement sa visibilité dans les classements internationaux.
Campus Atlantique, site des Alpes, hubs mondiaux
Une fusion entre GEM et Audencia offrirait immédiatement une diversification des campus et des options géographiques pour les étudiants. Les deux écoles disposent de sites stratégiques en France : Grenoble, Nantes et Paris, avec des implantations internationales déjà en place, ce qui permettrait aux étudiants de choisir des parcours personnalisés selon leurs préférences et leur projet professionnel, à l’instar de NEOMA (Reims, Rouen et Paris), KEDGE (Marseille, Bordeaux et Paris) et SKEMA (Lille, Sophia Antipolis et Paris).
Une fusion entre GEM et Audencia créerait immédiatement un réseau géostratégique unique, combinant l’ancrage majoritairement eurasiatique des campus internationaux de GEM (Angleterre, Géorgie, Singapour et Dubaï) avec le puissant maillage océanique d’Audencia (Shanghai, Chengdu, Shenzhen, Sydney et São Paulo), tout en rationalisant leur présence francilienne sur un seul campus parisien.
Le tableau des fuites du SIGEM 2026 montre que GEM perd 216 candidats vers des écoles moins bien classées, dont 166 vers KEDGE. C'est une énorme hémorragie en volume, juste derrière les 217 de NEOMA vers Audencia. Autrement dit, le problème central de GEM c'est qu'un candidat admis à Grenoble sur trois préfère Bordeaux ou Marseille. Ce n'est peut être ni un problème de recherche, ni de partenariats, ni de réseau : c'est un problème de littoral, de climat et de vie étudiante. Or Nantes est exactement l'actif qui répond à cela. Une entité disposant de Grenoble et de Nantes opposerait à KEDGE la seule chose que KEDGE lui prend aujourd'hui, à savoir le choix d'un campus atlantique.
Des partenariats nationaux qui s’additionnent
GEM est particulièrement reconnue pour sa dimension géopolitique, avec une expertise de conceptrice mise en valeur par le passé lors de épreuves aux concours prépa, et grâce à ses partenariats avec l’IRIS (double diplôme avec le think tanks) et l’IHEDN. Cette orientation confère à l’école une visibilité unique dans le domaine de la défense et de la politique appliquée au management.
Audencia, quant à elle, a aussi noué des liens solides en relations internationales avec trois Instituts d’Études Politiques (IEP) de province (Sciences Po Rennes, Sciences Po St Germain en Laye et Sciences Po Aix) et prévoit même une future école : la Audencia School of Public and International Affairs.
En combinant ces forces, l’école fusionnée deviendrait un véritable cador national, offrant à ses étudiants un accès à un réseau d’excellence, pourvu de débouchés dans les Corps d’État, la science politique ou la diplomatie.
Cette fusion transformerait le parcours : les étudiants auraient accès à un catalogue de doubles diplômes ingénieurs uniques, combinant les nombreux partenariats de GEM avec IMT Atlantique, l’ENSEA, l’Efrei, CY Tech et l’INP Grenoble (Ensimag, Phelma, ENSE3), et ceux d’Audencia avec les mastodontes que sont Centrale Nantes et l’ENSTA. Et pour ceux qui préfèrent l’immersion professionnelle, le modèle d’alternance de GEM, avec sa capacité de places illimitées, resterait accessible. Le tout, sans compter les entreprises partenaires à l’école, qui faciliteront l’accès à certains débouchés, des sponsors et un parrainage ultra puissant.
Harvard, Stanford, Oxbridge : des partenariats internationaux démultipliés
L’avantage ne s’arrête pas là : les partenariats académiques internationaux se verraient considérablement enrichis. D’abord, GEM, avec son Global Track à l’université de Cambridge, ses diplômes joints avec McGill, Georgia Tech et l’University College Dublin, et ses autre échanges avec des universités prestigieuses comme Duke, l’ESMT, Technische Universität München, Peking University, Warwick business school, Fudan, Kyoto University, Trinity College Dublin, the University of Sydney ou encore l’University of North Carolina at Chapel Hill… : plus de 200 partenaires rigoureusement sélectionnés pour leurs accréditation au total.
Audencia n’est pas en reste, avec 280 accords : son double diplôme avec Oxford University, son Track transcontinental à Harvard et ses autres mobilités : University of California - Berkeley, Columbia University, UCLA, Bayes business school, KU Leuven, le Nova SBE, Korea University, University of British Columbia, SHUFE ou Edinburgh University…Le tout sans oublier ses Summer School avec la London School of Economics et Yale.
Un atout marketing décisif auprès des étudiants
Et encore, il ne s’agit là que d’une fraction des partenariats d’élite qu’elles n’ont pas en commun. Ensemble, elles partagent déjà une multitude d’institutions renommées comme Stanford (en programme d’été) la Bocconi, NHH, GWU, Tongji, UCSB, WHU - Otto Beisheim, ou Jiao Tong…. Elles pourraient mécaniquement doubler la capacité d’envoi d’étudiants vers ces destinations chaque année. Mais la plupart de leurs partenaires d’élites ne sont pas en commun, ce qui signifie qu’elles auraient sur ce critère, plus d’intérêt à s’allier entre elles qu’avec une autre école, où beaucoup plus de “redondance partenariale” apparaitrait.
Une fusion rendrait le catalogue si complet qu’il deviendrait difficile pour un étudiant de justifier de choisir une autre école sur l’unique base de ses partenariats internationaux. Cette combinaison créerait en fait un réseau de partenaires inégalé : “Harvard, Stanford, Oxford et Cambridge”, quatre institutions dans le top 5 mondial, n’a pas d’équivalent dans le monde du management français. Elles offriraient ainsi ensemble une palette unique d’opportunités internationales écrasant celles de n’importe quelle autre école de positionnement semblable. En réalité, même les parisiennes pourraient être menacées sur ce seul critère. Ne manquerait alors que le MIT pour compléter le tableau du World Top 5.
Et justement, dans son dernier communiqué de presse, à l’heure où j’écris ses lignes, GEM affirme que plusieurs nouvelles institutions arrivent dans son catalogue, dont : Oxford, le MIT, Polimi et Georgetown. Tant que l’on ne connait pas les modalités et le format de ces mobilités, mieux vaut encore rester prudent. Pour l’instant, ils ne sont pas accessibles aux étudiants mais encore en cours de négociations.
Vie associative et renommée nouvelle dans l’Éducation
Une fusion entre GEM et Audencia offrirait également une variété associative et événementielle là encore inégalée. Les deux écoles sont déjà reconnues pour l’intensité et la diversité de leur vie étudiante : GEM avec Altigliss, le 2ème plus gros budget étudiant d’Europe, et Audencia qui organise son triathlon, manifestation sportive d’envergure nationale rassemblant chaque année des milliers de participants. Ces deux événements sont probablement dans le top 10 des plus grandes réceptions étudiantes de France aux côtés des OJO, de la Course Croisière EDHEC, du Challenge ECRICOME, des Parisiennes (Sciences Po Paris) et bien sur : du Tournoi Omnisports de Centrale Supélec. Sous un même emblème, la nouvelle école disposerait d’une renommée décuplée dans le monde étudiant.
Cette notoriété croissante couplé à une recherche mécaniquement doublée pourrait aussi à terme permettre à l’école d’envisager des partenariats locaux qu’elle ne « pouvait pas se permettre » avant fusion, sûrement faute d’une taille critique, d’un faible nombre de publications ou d’enseignants chercheurs. Un double diplôme avec l’ENS Rennes (étant proche de Nantes) en ce qui concerne le campus Atlantique pourrait ainsi voir le jour ; et à l’international les opportunités se démultiplieraient : l’expertise en Tech du campus des Alpes, pourrait payer ; s’offrant un échange vers l’EPFL ou l’ETH Zurich.
Classements internationaux de GEM et d’Audencia et tentatives ratées
Malgré l’absence de fusion, GEM et Audencia parviennent relativement souvent à devancer NEOMA et KEDGE dans le classement le plus attendu des business school : le Financial Times. Que ce soit en MiM, en MBA, en MiF ou en EMBA ; le fait qu’individuellement elles restent dans la course, a peut-être de quoi inquiéter les écoles de positionnement semblable. Car assemblées toutes les deux, l’institution résultante pourrait creuser l’écart.
Plusieurs fois, les business school indépendantes ont failli fusionné entres elles pendant la grande vague des fusions il y a plus de 10 ans. C’est le cas de GEM avec Audencia, de GEM et TBS, de TBS et Audencia et de GEM et l’emlyon. D’après mes données, ce sont les 4 projets de fusions avortées, et seul le dernier est documenté publiquement come un échec. Vous avez bien lu, GEM et Audencia ont déjà pensé à fusionner. Pourquoi ne l’on t’elle pas fait ?
Les limites d’une fusion GEM - Audencia
Quelle nouvelle identité ?
Fusionner GEM et Audencia ne serait cependant pas simple. Une fusion mal préparée comporte des risques réels : des décisions délicates devront être prises concernant le nom de l’école, son image de marque et la communication autour de l’alliance afin de séduire étudiants, corps professoral, entreprises partenaires, alumni et autres sponsors. La stratégie marketing serait primordiale pour la communication. S’y ajoutent des cultures pédagogiques distinctes ; resteraient-elles cantonnées à Nantes et Grenoble sans rien changer à leurs méthodes, même sous un nom commun ?
Pour que la nouvelle entité reste attractive et conserve un positionnement stratégique solide, il serait crucial de préserver une certaine identité et les forces spécifiques de chaque école. D’un autre côté, il faudrait fusionner l’administration, les masters, les assos en profondeur, tout en gommant définitivement les noms GEM et d’Audencia dans les esprits. Le défi serait surtout de créer une culture commune ainsi d’harmonier leurs formations. Par exemple, le format post-bac de GEM est en 4 ans alors que son Bachelor en 3 ans est amené à disparaitre. Tandis qu’Audencia conserve les 2 formats.
Avantage imparable : les deux sont de même statut, rattachées à des chambres de commerce et d’industrie, ce qui faciliterait la plupart des démarches (bien que GEM soit devenue parallèlement société à mission). D’un autre coté, la fusion concernerait seulement Audencia “Business School” ou la marque Audencia toute entière, dont : Audencia school of public and international affairs (école de géopolitique) et Audencia SciencesCom (école de communication) ? On ne sait pas.
Des questions de gouvernance
La fusion n’est pas une addition mathématique (« 1 + 1 = 3 »). C’est un mariage entre deux institutions avec leur histoire, leur marque et leur fierté propres. Qui deviendrait le DG ? Quel serait le nom ? Quel campus serait le siège ? Paris, comme compromis ? Ces questions ont fait échouer des projets par le passé. Car dans le monde des business schools françaises, les fusions ne se décident pas seulement sur la base d’une logique économique ou académique, mais aussi sur une question d’identité, d’égo, de prestige et de territoire.
L’administration, normalement elle-même à l’origine d’un tel projet, pourrait voir également dans cette fusion une menace, qui impliquerait inévitablement une restructuration interne majeure. La mutualisation des services supports (admissions, affaires internationales, relations entreprises, scolarité, RH ou marketing) viserait à rationaliser les dépenses et à accroître l’efficacité opérationnelle, mais engendrerait mécaniquement une suppression d’emploi. À moins de laisser une grande autonomie aux deux campus, des doublons de postes apparaîtraient également chez les directeurs actuels.
Le jour où l'une des deux ouvre son capital à un groupe, comme emlyon l'a fait avec Qualium et Bpifrance en 2019 puis Galileo en 2022, la fusion cesse d'être une décision consulaire pour devenir une négociation avec un actionnaire dont l'objectif n'est pas le rang mais le rendement, et elle ne se fera plus jamais. Le second mécanisme de faisabilité est la rupture d'adjacence : tant qu'Audencia et GEM sont huitième et neuvième, la fusion est techniquement propre ; si l'une des deux passe derrière KEDGE, il faudra absorber une cohorte intermédiaire ce qui ne plaira pas aux alumnis (on y vient).
La fusion face aux étudiants
Sur le plan opérationnel, c’est un point critique. Via la BCE, GEM et Audencia recrutent déjà individuellement un nombre relativement égal à celui des écoles fusionnées (notamment KEDGE et SKEMA), à savoir plus de 500 candidats chacune. La nouvelle entité devrait donc recruter massivement, répartissant environ 1100 étudiants rien qu’en post-prépa sur deux campus distincts, pour un nombre relativement similaire en AST (admission parallèle), afin de ne pas essuyer de perte financière sèche en recrutant moins.
En absorbant alors plus d’un préparationnaire sur sept, elle devancerait de 400 places la plus grande recruteuse actuelle : NEOMA et ses 700 étudiants annuels (un étudiant sur dix). L’école pourrait donc souffrir d’un manque de sélectivité perçu, notamment si elle ne fixe pas une barre d’admissibilité assez haute. Étant donné qu’aucune école n’a encore franchi le cap du millier d’étudiants recruté en sortie de prépa, c’est donc un pari à faire. Ou alors, elle pourrait recruter moins : admettons 900 via le SIGEM, mais augmenter ses frais de scolarité. La même logique s’appliquera pour les AST avec plus de 1000 étudiants au total.
Une autre résistance, plus subtile mais assez décisive, réside dans la perception entre les deux écoles. Plusieurs diplômés pourraient exprimer des réticences à l’idée d’une fusion avec une école historiquement rivale, qu’ils considèrent comme légèrement moins prestigieuse et sélective à la leur. Une telle vision, bien que souvent fondée davantage sur l’imaginaire des alumni que sur des écarts réels de niveau académique ou de débouchés, demeure un léger frein psychologique à toute convergence.
Une option structurelle à envisager pour GEM et Audencia ?
NEOMA, SKEMA ou KEDGE, ne peuvent plus vraiment (re)fusionner avec un acteur de taille similaire aujourd’hui, du moins, pas à ma connaissance. Elles doivent digérer les effets de la fusion. Si elles ont déjà joué la carte de la fusion et se sont hissées, elles doivent stratégiquement attendre plusieurs années si elles veulent réitérer un processus similaire. De plus, la fusion est un investissement à long terme et ses bénéfices (attractivité, notoriété, synergies) mettent quelques années à se matérialiser pleinement dans les classements, elles récoltent maintenant au SIGEM, ce qu’elles ont semé il y a 10-15 ans.
Faire l’erreur de trop s’étendre peut aussi diluer les compétences, trop étaler son réseau et ses associations, noyant les étudiants dans une structure trop grosse et confuse, perdant l’agilité adaptative du modèle des business scool française non noyés dans une université. Surtout, cela n’aurait pas d’intérêt direct sans absence de complémentarité stratégique, de mutualisation des ressources ou de rivalité exacerbée. Car mal préparée, une fusion pourrait diluer les forces et fragiliser des écoles qui marchent déjà parfaitement bien jusqu’à présent. Enfin, faire une fusion sans avoir garanti de rentrer dans le top 5, n’a selon moi, que peu d’intérêts.
Trouver un nom, l’étape cruciale
Si l’ESC Nantes s’est renommée « Audencia » en 2000, Grenoble École de Management vient tout juste de faire sa transition 25 ans plus tard, s’appelant désormais GEM Alpine Business School. Cependant, si fusion il y a, il est hors de question de garder le nom d’une implantation géographique quelconque (multi-campus oblige). Pourraient-elles s’inspirer de celles ayant déjà fusionné ?
Le nom « KEDGE » est un terme de voile anglais qui signifie « ancre directionnelle » ; il renvoie aux villes portuaires que sont Bordeaux et Marseille, ainsi qu’au fait que la fusion lui ait fait changé de cap. « NEOMA » est un mot-valise composé de NEO (qui signifie « nouveau » en grec) et MA (pour « management »), facile à prononcer et évoque une dynamique de changement. « SKEMA » est l’acronyme de School of Knowledge Economy and Management, perçu comme un nom anglais et sans attaches géographiques, reflétant sa stratégie audacieuse multi-campus à l’échelle mondiale.
Si cette fusion devait trouver un nom, à quoi pourrait-il ressembler ? Augemcia ? EM Alpantique ?
Horizon School of Management : L’horizon est la ligne où la mer rencontre le ciel, évoquant l’Atlantique, mais c’est aussi la ligne derrière laquelle on peut encore voir les montagnes malgré la courbure terrestre, un but à atteindre, un sommet à gravir (les Alpes). Mais c’est un nom un peu générique.
Aether Business School : Dans la mythologie, l’« Æther » est l’air supérieur, pur, que respirent les dieux. Il connecte le ciel des montagnes (la terre) à l’immensité de l’océan (l’eau). L’air est au-dessus de tout et transcenderait les dynamiques régionales. Mais tout le monde n’a pas fait hypokhagne.
Une Épée de Damoclès
Bien menée, une combinaison permettrait de créer un acteur de taille critique, capable de rivaliser avec les meilleurs établissements français, pouvant à terme probablement gagner plusieurs dizaines de places dans les rankings internationaux. Et le temps presse car le coût d’opportunité existe : si elles restent perçues comme elles le sont sans s’améliorer, cela peut freiner la capacité à attirer les meilleurs profils, les meilleurs partenariats, ou les financements : ne pas fusionner à un prix caché, et colossal.
Mais ça, les écoles le savent très bien. Elles savent aussi qu’elles sont peut être devenues déjà trop grosses pour fusionner. Après tout, elles restent compétitives avec les écoles fusionnées que sont KEDGE, SKEMA et NEOMA, qui sont comme elles, valeur sures du top 10. Car à ce stade on ne parle pas d’une fusion il y a 17 ans de l’ESC Lille et de la CERAM pour former SKEMA, on parle d’une SKEMA actuelle qui fusionnerait avec une autre SKEMA. Oui, vu leurs tailles actuelles, cette fusion serait l’un des plus gros bouleversement de l’enseignement supérieur français. Et plus le temps passe, plus il sera dur de fusionner par la suite.
Conclusion
Pour GEM et Audencia, la fusion est et restera seulement une option dont le but premier serait d’inverser la tendance au SIGEM. C’était un levier stratégique dans les années 1995-2015 afin de rester pertinent dans un marché où la concentration devenait la norme ; cela peut être toujours le cas aujourd’hui, mais elles ont prouvé qu’elles continuaient de résister à l’épreuve du temps dans les classements mondiaux. Ce ne serait donc pas une fusion pour rattraper un retard, une fusion de survie, mais un M&A offensif pour reconfigurer le marché.
Le destin de GEM et Audencia pourrait donc dépendre de leur capacité à construire une vision commune, à harmoniser leur gouvernance et à préserver ce qui fait la singularité de chacune tout en améliorant leur rayonnement. Dans un paysage où « taille, visibilité et dualité » sont devenues synonymes de compétitivité, le compte à rebours est déjà lancé, et l’heure est à la décision pour la décennie prochaine.
Note de l’auteur et avis des directions concernées
Plusieurs échanges informels avec des acteurs du secteur invitent toutefois à relativiser fortement la probabilité d’un tel scénario. Pour des raisons de confidentialité : je ne peux pas dire quelles directions j’ai contacté, ni si je leur ai montré ce document, ni ce qui a été précisément dit. Mais globalement, ce scénario n’a que de très peu de chances d’aboutir. Ce que je peux dire, en revanche c’est que les soucis de gouvernances évoqués dans le texte sont largement sous-estimés (par rapport aux CCI). Ensuite, la tendance actuelle serait plutôt à l’absorption d’écoles plus petites, la croissance interne, le développement de campus dans d’autres pays ainsi que l’adossement à des grands groupes d’enseignements supérieurs. La fusion entre égaux dans l’enseignement supérieur semble révolue, pour l’instant.


